Charles Baudelaire

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Il est fait fréquemment référence à la biographie de Baudelaire (1821-1867) dans Baudelaire ou l’expérience du gouffre. Ne seront évoqués ici que les épisodes qui ont particulièrement frappé Fondane. On se reportera, pour une biographie exhaustive, à une édition critique des Fleurs du Mal.

Petite enfance heureuse. Père riche rentier, amateur d’art. Mère jeune et élégante. L’ « enfant amoureux de cartes et d’estampes» grandit dans une harmonie initiale qui est brutalement brisée par la mort du père (1827). Rapidement sa mère se remarie avec Jacques Aupick. Baudelaire a sept ans. Homme d’ordre et d’action, Aupick constituera pour Baudelaire un contre-modèle.

« Les biographes, en général, ont été assez heureux de découvrir ce que Baudelaire nous a assez mal caché, cet instant où, pour la première fois (mais non pour la dernière) le jouet se transforma, sous les yeux du poète, en un rat vivant ou encore […] cet instant où l’absolu non troublé par le savoir se métamorphose en… savoir. Cela remontait à l’enfance du poète, quand sa mère, jeune veuve d’un excellent vieillard (il avait soixante ans quand Charles est né), se remaria avec le brillant officier qui devait devenir plus tard général, ambassadeur et sénateur d’Empire, et ainsi reporta sur un autre une part de cette tendresse que, jusque-là, elle avait réservée entièrement à son fils. […] Le futur poète n’oublia jamais et l’on peut dire que toute sa vie il poursuivit ce rêve que Hamlet (cet autre enfant qu’avait déçu sa mère) appelle “remettre le temps sur ses gonds”. Évidemment, il était impossible de remettre le temps à sa place. »

1836 : après un séjour à Lyon, il entre au collège Louis le Grand. Renvoyé en 1839, quelques mois avant le baccalauréat : il a refusé de dénoncer un camarade. Il est néanmoins reçu bachelier au mois d’août.

1839 : débuts de sa vie d’étudiant en droit et d’un conflit ouvert avec Aupick, devenu général de brigade. Baudelaire habite place de L’Estrapade. Joyeuse vie de « dandy » attiré par un monde marginal, dans ce Paris surpeuplé qui a constamment hanté son existence. Pour l’éloigner de ces fréquentations jugées douteuses, sa famille l’exhorte au voyage. Juin 1841 : à vingt ans, il embarque sur un paquebot partant pour l’Inde. Après l’Île Maurice puis l’Île Bourbon, Baudelaire veut regagner la France : retour en février 1842. « Amer savoir » du voyage mais aussi images exotiques, sources constantes d’inspiration.

1842 : Baudelaire dispose de l’héritage paternel. Vie raffinée, au cœur de Paris ; fréquente des poètes (dont Gautier et Hugo) ; rencontre Jeanne Duval (liaison orageuse, sans doute jusqu'en 1856). Multiples dépenses. Sa famille le dote d’un conseil judiciaire. C’est « une affreuse humiliation ».

Baudelaire s’est fait connaître par des articles de critique d’art, les Salons de 1845 et 1846. Il découvre en Edgar Poe un « frère » et décide de traduire ses œuvres.

1848 : il prend part aux émeutes de février et aux journées de juin. Puis se replie sur l’écriture associée à une « triple malédiction » : celle du travail poétique, labeur infini, celle de la souffrance physique et morale, celle de la réprobation sociale. « La tragédie de l’écrivain, chez Baudelaire, tient en peu de mots », écrit Fondane qui cite une lettre du 20 décembre 1855, adressée à sa mère : « Car il y a quelque état plus grave encore que les douleurs physiques, c’est la peur de voir s’user et péricliter et disparaître, dans cette horrible existence pleine de secousses, l’admirable faculté poétique, la netteté d’idées et la puissance d’espérance qui constituent, en réalité, mon capital… » « Il est dommage, commente Fondane, que nous ne possédions pas les premiers brouillons des poèmes de Baudelaire ! On n’y verrait, à mon avis, que des platitudes indignes d’un grand poète ; et cependant, c’est de ces platitudes qu’il faudra dégrossir et au terme de mille équarrissements pénibles, que sortira le poème final, offrant cette espèce de perfection, essoufflée et si peu extérieure, que tant de braves gens et d’honnêtes critiques ont eu du mal à reconnaître. »

Les années suivantes sont marquées par une série de publications de poèmes. Le recueil des Fleurs du Mal paraît en juin 1857. Il fait presque aussitôt l’objet d’une poursuite du Parquet : « À peine le livre fut-il paru, souligne Fondane, qu’il déclenchait le scandale, le procès et la condamnation. »

1861 : deuxième édition des Fleurs du Mal.

1862 : série de publication en « feuilleton » dans La Presse, d’une partie des Petits poèmes en prose. La première publication du volume complet sera posthume (1869). 1867 : « Le poète meurt à l’âge de quarante-six ans ; jusqu'à son jour dernier aucune de ses infirmités ne l’a quitté ; ni les rhumatismes, ni les cauchemars, ni cette faculté insupportable d’entendre tous les bruits frapper son estomac, ni la peur de mourir, ni la peur de vivre trop longtemps, ni la peur de s’endormir et l’horreur de se réveiller ; ni cette léthargie prolongée qui lui fait renvoyer, pendant des mois, les choses les plus pressées, bizarres infirmités qui, on ne sait pourquoi, renforcent sa haine contre tout le monde. Mais c’est à partir de l’âge de trente-cinq ans ou à peu près que, d’après ses biographes, la grâce de produire des vers lui a été refusée et qu’il ne reste plus à Baudelaire que bien peu de moyens de se prouver à lui même qu’il n’est pas le dernier des hommes. »

Piste de travail : réfléchir au nécessaire recours à la biographie dans la compréhension de l’œuvre de Baudelaire. Ce qu’en dit Fondane : « Celui qui a écrit Hamlet n’a, sans aucun doute, pas vécu la tragédie de Hamlet et n’a pas besoin de la vivre ; mais il n’a pu l’écrire sans avoir vécu la tragédie de la solitude, de l’impuissance, des conflits moraux, du “que faire ?”. Et si nous n’avions rien su de l’homme qui a écrit Les Fleurs du Mal, nous pourrions encore affirmer, en toute certitude, que c’est là un livre “atroce” et que son auteur avait son gouffre, avec lui se mouvant. »

Source de l'article : Site Présence de la littérature - par Claire Gruson. Source de l'image : lorientlejour.com.

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