La civilisation toltèque

0695
La civilisation toltèque - Culture+
Histoire,

Les Tol­tèques oc­cupent la ré­gion du Mexique cen­tral et choi­sissent le site de Tula pour y im­plan­ter leur ca­pi­tale po­li­tique, ou re­prennent d’une ci­vi­li­sa­tion antérieure ce­lui de Teo­ti­huacán pour y édi­fier un vaste com­plexe re­li­gieux, ci­tés toutes deux si­tuées au nord de l’ac­tuelle ville de Mexi­co. Cette di­vi­sion re­coupe les deux mo­ments de leur his­toire. Les prêtres do­minent la so­cié­té jus­qu’aux alen­tours du XIe siècle, puis ils laissent la place aux guer­riers. Leur puis­sance mi­li­taire cède ce­pen­dant de­vant les forces az­tèques au cours du XIVe siècle, et le monde tol­tèque in­dé­pen­dant dis­pa­raît pour se fondre dans ce­lui de son vain­queur. Adorateurs, comme les Mayas, du Ser­pent à Plumes, au­quel ils donnent son nom dé­fi­ni­tif de Quet­zalcóatl, ils ho­norent éga­le­ment des dieux san­glants, qui se nourrissent du sang ver­sé des vic­times hu­maines sa­cri­fiées, tel le re­dou­table Tez­cat­li­po­ca qui pré­side à la mort.

Deux grand centre tolthèque : Tula, Chi­chén Itzá

Tula et ses At­lantes

Tula, le grand site des Tol­tèques, un peuple mi­grant ins­tal­lé au IXe siècle sur le pla­teau cen­tral mexi­cain, est la ca­pi­tale des Tol­tèques et des Az­tèques, à environ 80 km au nord de Mexi­co. L’apo­gée du monde tol­tèque se si­tue entre le Xe et le XIIe siècle. Tula naît au mo­ment où la plus grande cité mé­soa­mé­ri­caine, Teo­ti­huacán, entre en dé­clin, lors du VIIe siècle. Le pre­mier noyau ur­bain est ap­pe­lé Tula Chi­co, la « Pe­tite Tula ». Le dieu-ser­pent Quet­zalcóatl, as­so­cié à la planète Vé­nus, y est déjà ado­ré. Sa gran­deur se dé­ve­loppe à par­tir du règne de Ce Acatl To­pilt­zin, « 1-Ro­seau », entre 980 et l’an 1000 en­vi­ron. Consi­dé­ré comme le fon­da­teur de Tula Grande, la « Grande Tula », il la dote d’un nou­veau centre re­li­gieux. La cité re­couvre alors entre 10 et 16 km2, pour une po­pu­la­tion qui a pu dé­pas­ser les cin­quante mille ha­bi­tants. Sont édi­fiés les mo­nu­ments les plus pres­ti­gieux, les py­ra­mides à plates-formes sur­mon­tées d’un temple, comme La Quemado, ou Pa­la­cio Que­ma­do, in­cluant le temple sis au som­met de la Py­ra­mide B. Cette Py­ra­mide B, ou Py­ra­mide de Tla­huiz­cal­pan­te­cuht­li, le dieu Ser­pent à Plumes Quet­zalcóatl, sous sa forme de Vé­nus, est cé­lèbre pour ses At­lantes, quatre co­lonnes en forme de guer­riers tol­tèques, hautes de près de 5 m, qui soutenaient le toit du temple. Outre ses At­lantes, Tula est connu pour ses chaac-mols ou « Ja­guar rouge », sta­tues bloc re­pré­sen­tant un homme semi-al­lon­gé sur ses coudes, tête tour­née pour faire face à l’ar­ri­vant, que l’on re­trouve à Chi­chén Itzá, autre cité tol­tèque. Tol­tèques, Chi­chi­mèques, Mix­tèques, au­tant de peuples des­ti­nés à se fondre dans la grande fé­dé­ra­tion do­mi­née par les Az­tèques.

Chi­chén Itzá, dans la bouche du puits

La cité de Chi­chén Itzá, ou « Dans la Bouche du Puits des Itzá », est fon­dée vers l’an 400, avant d’être lais­sée à l’aban­don en­vi­ron cent ans plus tard. Elle re­naît au IXe siècle pour ho­no­rer le dieu Ku­kul­kan, de­ve­nu Quet­zalcóatl, le « Ser­pent à Plumes », pour les conqué­rants tol­tèques. Chas­sés de leur ca­pi­tale, Tula, ils se fondent aux Mayas à Chi­chén Itzá, cité qui mêle les deux ci­vi­li­sa­tions. Chi­chén Itzá se dresse dans la pé­nin­sule du Yu­catán, au Mexique, et couvre une su­per­fi­cie de 300 ha en­vi­ron. Les mo­nu­ments les plus re­mar­quables sont la grande py­ra­mide, ou Cas­tillo, le Jeu de pe­lote, le temple des Guer­riers. Il convient d’y ajou­ter un puits na­tu­rel, ou cé­note, lieu de culte du dieu de la pluie, Chaac. La grande py­ra­mide, haute de 24 m, ou Cas­tillo, le « châ­teau » en es­pa­gnol, est ré­ser­vée au culte du dieu Quet­zalcóatl, le « Ser­pent à Plumes », re­pré­sen­té par des têtes de ser­pent au bas de l’es­ca­lier d’ac­cès. Sa construc­tion res­pecte une di­vi­sion ca­len­daire, quatre faces de quatre-vingt-onze marches, soit trois cent soixante-quatre aux­quelles s’ajoute la plate-forme for­mant un to­tal de trois cent soixante-cinq, correspondant aux jours de l’an­née. Le Jeu de pe­lote, le plus grand de toute la pé­nin­sule du Yu­catán, avec ses 90 m de long sur 30 m de large, est un ter­rain rectan­gu­laire. Sur un mur, un an­neau de pierre est scel­lé en hau­teur. Deux équipes s’af­frontent pour y faire pas­ser une balle de ca­ou­tchouc, sans uti­li­ser les mains ou les pieds. Tout re­pose sur l’ha­bi­le­té à pro­je­ter la balle à par­tir des hanches, coudes, avant-bras. Il s’agit d’un jeu sa­cré, en hom­mage à la course du so­leil dans le ciel.

Les forces du monde in­fé­rieur, de la mort, luttent contre les forces de vie du monde su­pé­rieur, ter­restre. Le temple des Guer­riers (ou des Ja­guars) est plus nette­ment tol­tèque. Les fresques l’or­nant illus­trent les ex­ploits de ce peuple guer­rier. Au som­met de la py­ra­mide, le temple lui-même est pré­cé­dé d’un au­tel de sacri­fice, ou chaac-mol, en forme d’homme semi-al­lon­gé, ap­puyé sur ses coudes, tête dres­sée, dont le ventre fait of­fice de pla­teau sur le­quel al­lon­ger le sa­cri­fié. Chi­chén Itzá re­couvre en fait deux his­toires, celle de la cité des Mayas, gou­ver­nés par des rois prêtres, ado­ra­teurs de Chaac, à par­tir de 400, puis la ville des Toltèques, qui sont ar­ri­vés en deux vagues, l’une vers 850, l’autre vers 1150, du Mexique cen­tral, vé­né­rant le « Ser­pent à Plumes ». Les luttes avec les ci­tés ri­vales, dont Mayapán, hâtent pro­ba­ble­ment la fin de Chi­chén Itzá, aban­don­née à la fin du XIIIe siècle.

Source de l'article : 1 Kilo Culture générale par Florence Braunstein et Jean-François Pépin. Source de l'image : errarehumanumest.fr.

Article suivant >> << Article précédent